Pour beaucoup de choses difficilement mesurables, les phobies scolaires souffrent encore de l’image d’une maladie sans gravité, voire truquée. Une équipe de l’Inserm a donc mené une enquête dans toute la France pour faire la lumière sur ce phénomène, qui a intensifié la crise sanitaire.

Article disponible dans le magazine Inserm n° 55

La violence scolaire est encore difficile à mesurer en France, car l’Education nationale ne mesure que l’absentéisme, à partir de quatre demi-journées d’absence injustifiée par mois. L’absentéisme a touché 4,8% des élèves du secondaire public à l’année scolaire 2020-2021 selon le ministère. « Cette vision macroscopique associe des conditions et des élèves très différents », déplore Laelia Benoit, psychiatre et pédopsychologue au Centre d’épidémiologie et de recherche en santé publique (CESP) de Villejuif. « Ces chiffres comprennent le séchage scolaire et le refus scolaire des enfants anxieux, mais aussi l’exclusion de l’initiative de la fondation et le retrait décidé par les parents. Or, la peur de l’école ne correspond qu’au deuxième cas », lorsque l’élève, en l’absence de comportement antisocial, montre une forte détresse émotionnelle par rapport à l’école, qu’il évite malgré les efforts raisonnables de ses parents pour l’empêcher. retour », précise la chercheuse. Le « refus scolaire anxieux » (RSA), selon le terme consensuel, concerne entre 1 et 2 % des élèves, de la maternelle au lycée, dans de nombreux pays. Un phénomène sans doute sous-estimé en France, dépourvu d’indicateur précis, et particulièrement mal décrit.

C’est pourquoi Laelia Benoit a lancé en 2018 une grande enquête sur les profils et le devenir des enfants atteints du RSA, en collaboration avec le CESP. Environ 2 000 questions ont été recueillies par des élèves variés entre 5 ans et 18-20 ans, venus de toute la France. Sur les 1 328 dossiers répondant à la définition du RSA, les chercheurs en ont retenu 729, qui présentent les chiffres d’absence sur une période de trois ans. Leurs résultats sont à venir.

Un trouble aux mille et un visages

« Nous avons identifié cinq thèmes récurrents », explique Laelia Benoit. Chez les élèves du primaire, les absences sont souvent associées à des symptômes somatiques (maux de ventre, maux de tête, etc.) ou à des problèmes de santé, rares ou permanents, qui s’aggravent au cours de la période considérée. Mais le retour à l’école se fait généralement après deux ans de suivi. Les jeunes de l’étude ont fait des refus scolaires vers l’âge de 11-12 ans, liés à divers troubles (dépression, phobie sociale) ou à des interrogations (identité de genre) ou encore à un environnement scolaire dont ils se plaignaient. Certains se rétablissent, lentement, grâce à un soutien au moins hebdomadaire. Mais pour beaucoup, la situation s’est aggravée, plus ou moins vite, jusqu’au décrochage scolaire complet malgré les fermetures d’écoles et un suivi médical lourd : plus de psychothérapie, d’hospitalisations, d’associations médicamenteuses…

Outre la diversité des contextes, cette étude confirme les constats relevés dans la littérature internationale. Sur les 1 328 élèves atteints du RSA, près de la moitié ont été victimes de harcèlement, d’insultes ou de menaces. Plusieurs autres problèmes fréquents surviennent au primaire, à la différence de : problèmes d’apprentissage (dyslexie, dysgraphie), handicaps, précocité, autisme. phobie scolaire », explique la psychologue.

Et pour les minorités ethniques et les personnes défavorisées, non incluses dans l’étude, c’est une double peine : « Quand les parents, éloignés du système, ne réagissent pas, la fondation verra souvent l’absence de ces élèves partir au lieu d’avoir de la détresse émotionnelle. . . Les cas les plus élevés de RSA ont également été enregistrés au début du collège, ainsi que des activités de groupe et des questions. Au lycée, les différences sont mieux acceptées, mais les élèves s’en sortent bien jusque-là. Ils sont dévastés : « Ils doivent choisir leur orientation tôt et ils ont peur de ne pas pouvoir partir plus tard », raconte Laelia Benoit. Christine Baveux, responsable pédagogique à la Maison de Solenn de l’hôpital Cochin à Paris, ajoute : « Le contrôle continu présenté au baccalauréat en 2020 est très stressante et maintient une pression constante tout au long de l’année. Le lycée est aussi l’âge de la première dépression.

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Des conséquences individuelles et familiales ravageuses

Lorsque l’on rencontre ces différents fléaux, « il faut faire attention aux petites blessures qui empêchent l’enfant d’aller à l’école le matin, mais disparaissent pendant les vacances, et à tout changement de comportement : les classes en dessous chutent, isolent la cour, visites fréquentes à l’hôpital. L’identification précoce des élèves à risque est vraiment essentielle car plus tard dans l’examen, cela réduit le résultat. Et l’impact est élevé : l’absentéisme est associé à un risque de moindre réussite scolaire, de problèmes de santé mentale et, enfin, , insécurité financière.

Le RSA perturbe également le quotidien des parents, qui ajustent leurs horaires dans 69% des cas et ont souvent recours à des gardes non rémunérées. « Peu de familles ont moins de 200 euros par mois. Un budget pratique pour les plus petits ! », a déploré Laelia Benoit. Et une charge psychologique qu’il ne faut pas sous-estimer : « Les parents culpabilisent beaucoup. Ils ont besoin d’un soutien psychologique », a déclaré Odile Mandagaran, qui a vu l’adhésion de Phobia à l’école plus que doubler depuis la crise du Covid-19. Car les familles connaissent souvent le processus thérapeutique : « Il faut sensibiliser le public, mais aussi les éducateurs, les médecins généralistes et les pédiatres », a exhorté Marie Gallé-Tessonneau, psychologue spécialisée dans les phobies scolaires. En plus de prendre en charge tout trouble sous-jacent des élèves ayant quitté l’école, le psychothérapeute recommande de maintenir une hygiène de vie saine, de ne pas s’habituer à tous les cours, de maintenir le contact avec l’établissement et, surtout, de préparer la rentrée scolaire, qui sera progressiste et innovant dans ses arrangements. Aussi, à la Maison de Solenn, Christine Baveux préconise une structure stricte et précise, source de « sécurité mentale » : horaire allégé, matières à option, absence de notes… « Car ce qui est important ce n’est pas de réussir l’année, mais de retourner à l’école. Et Marie Gallé-Tessonneau de conclure : « Les trois groupes de la vraie réussite doivent se créer autour de l’enfant, entre les soins, la famille et l’école. »

Laelia Benoit est chercheuse dans le groupe de psychologie du développement du Centre de recherche en épidémiologie et santé publique (Unité Inserm 1018/Université Paris-Saclay/Université Versailles-Saint-Quentin-en Yvelines) et Yale University (USA) ).

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