Riche première journée hier aux Assises des Départements de France. La table ronde sur les déserts médicaux a mis en lumière l’inquiétude qui règne dans les territoires : mais le manque de médecins, malheureusement, sera liquidé avec le temps.

«  Agent capital des Départements  », nous titrait-il hier matin, et la formule était bien pensée. En effet, environ 1 500 délégués se sont réunis dès jeudi matin au centre des congrès – venus des cinq coins de France mais aussi d’outre-mer – pour participer aux Assises des Départements de France. Agen, pendant deux jours, est donc le point de convergence des conseillers départementaux, des territoires littoraux et montagnards, des zones rurales ou ultra-urbanisées. Et comme l’a souligné le Président François Sauvadet dans son discours d’introduction, le temps de la réflexion est nécessaire car certains Départements « sont dans le rouge », et n’ont plus la marge financière pour remplir leurs missions face à l’explosion de leurs dépenses. Il a chiffré les surcoûts pour 2022 à 2,5 milliards d’euros.

Quelque 1 400 congressistes. photo Morad Cherchari 6 millions de Français sans médecin référent

Pour réfléchir à des solutions, plusieurs tables rondes ont été organisées ce jeudi, auxquelles ont participé des membres du gouvernement. Une première dans ce congrès devenu Assise, et au sujet des feux de forêt, la ministre en charge des Collectivités territoriales Caroline Cayeux est revenue sur cet été 2022 de tous les dangers.

« Au bout du bout »

Une autre table ronde a retenu l’attention, celle consacrée aux déserts médicaux. Agnès Firmin Le Bodo, PDG en charge de l’Organisation Territoriale des Professions de Santé, l’attendait avec impatience tant la crise est profonde. En effet, aujourd’hui environ 6 millions de Français ne trouvent pas de médecin. Il y a un manque de praticiens partout et c’est devenu un véritable parcours du combattant rien que pour obtenir un rendez-vous. Une situation bien connue en Lot-et-Garonne.

Les présidents des conseils départementaux espéraient donc fermement que l’Etat expliquerait une fois de plus le désordre des populations et signerait aussi une déclaration d’impuissance. Car depuis plusieurs années, beaucoup de choses ont été initiées depuis les collectivités pour limiter la casse  : ouverture de centres de santé pluridisciplinaires, aide à la formation des professionnels de santé, aide à l’installation, contact direct avec les facultés de médecine pour attirer les futurs médecins, marketing territorial, etc. Mais, malheureusement, la situation s’aggrave d’année en année, et les territoires se font désormais concurrence sur le « marché » des médecins : qui paiera le plus pour attirer les professionnels ?

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Trois médecins pour remplacer un seul départ à la retraite

«  Il y a urgence, nous n’avons pas accès à l’attention  », a proclamé la présidente du Lot-et-Garonne Sophie Borderie. «  C’est essentiel d’ouvrir les vannes de la formation, a ajouté son collègue de Dordogne Germinal Peiro. On fait des résidences, on paie des médecins, même dans les petites villes, on fait des dons pour les étudiants boursiers, mais on est arrivé au bout de la journée ». Il faut former des médecins, des infirmiers, des spécialistes. Et enfin, penser à l’accord  : qu’on arrête de s’accorder sur les zones sur-dotées  » pour dynamiser les établissements où il y a peu de médecins. Les Départements veulent aussi prendre le contrôle des Agences Régionales de Santé. «  Nos concitoyens ressentent une angoisse terrible, a ajouté la présidente de la Creuse, Valérie Simonet. Le numerus clausus date de 1971 et aujourd’hui on s’étonne de la pénurie de médecins, alors qu’en un demi-siècle la population a augmenté, et les pathologies de l’ancien l’âge a surgi …   « 

La ministre Agnès Firmin Le Bodo, tout sourire, a laissé passer l’orage, avant de rappeler que l’Etat ne regardait nulle part, puisque désormais un ministère était dédié à l’organisation territoriale des professions de santé. «  J’entends votre cri d’alarme, il y a urgence et nous parions sur une nouvelle méthode avec l’État, les collectivités et les professionnels unis pour trouver des solutions. Je sais que les Départements financent les EHPAD depuis douze ou quatorze ans. mais nous payons les conséquences des dernières élections  : «  Moins on forme et moins on paie  »… Nous avons supprimé le numerus clausus, mais il faut dix ans pour former un médecin. Donc les dix prochaines années vont être délicates…  »

Pourtant, le ministre a donné des raisons d’espérer  : durant ces dix années, il faut libérer du temps médical, ce qui passe par la responsabilisation du patient  : pourquoi aller chez le médecin quand dans bien des cas il suffit de l’avis d’un pharmacien ? Pourquoi aller directement aux Urgences, alors qu’un seul appel au 15 permettrait de mieux guider le patient  ? «  Il faut aller plus loin, entre les deux, et vers les adjoints au médecin pour soulager les médecins  » et les laisser se concentrer sur les patients qui en ont besoin, a-t-il ajouté.