Bandes réfléchissantes, coloris vert vif et combinaisons : la dernière collection de Mossi Traoré emprunte aux uniformes des éboueurs pour la mettre à sa mode internationale. Le couturier casse les codes et rend hommage à ceux qui retiennent le capital.

« Je veux ça pour nous aussi ! » dit l’un des blanchisseurs, tous deux souriants. Marie-Lou, un mannequin aux cheveux bouclés, pose dans une combinaison verte irlandaise parmi le même équipement vert, dans un garage à Ivry-sur-Seine. Avec lui, un photographe, des maquilleurs, styliste, mannequin et directeur artistique étaient invités cet après-midi au garage du service mécanique de la Direction de l’Assainissement et de l’Eau (DPE). Après tout, quoi de mieux pour mettre en place la photo de fond de la ligne printemps/été de Mossi, inspirée des vêtements de travail des éboueurs ?

Présentée le mardi 4 octobre au Printemps Haussmann, la collection « Hommage aux invisibles » capture les éléments forts de l’uniforme du personnel DPE. Au niveau des combinaisons, des lignes lumineuses, l’attrait d’un sac poubelle, vert vif ou fluo… La touche du créateur fait le reste pour les transformer en objets désirables.

Les uniformes, une richesse pour le créateur

Ces pièces sont nées par hasard. « J’étais dans mon studio, j’étais en pleine réflexion, se souvient Mossi Traoré. J’ai regardé le sac poubelle. Ici, peut-être que j’ai envie de faire quelque chose avec ça ? Et j’ai commencé à le déplacer autour de mannequins et de pièces imaginaires. »

Au milieu de ce renseignement et de cette production, le créateur a rencontré les représentants du DPE, notamment ceux de l’unité Fonctionnelle, espérant faire le ménage dans les principaux événements. Il rencontre également Ludovic, une star qui ramasse les ordures sur les réseaux sociaux. « Leurs uniformes ont leurs couleurs vives qui sont reconnaissables rien qu’en les regardant. Ils ont tous les ingrédients pour obtenir quelque chose de créatif. C’est un trésor, un refuge contre le trésor d’où nous venons. Quelques mois plus tard, Mossi Traoré et son équipe réalisent 30 pièces dévoilées le dernier jour de la Fashion Week de Paris.

Rendre hommage à ceux qui entretiennent Paris

A travers cette collection, combinaison zippée et bandes réfléchissantes, jupe froissée gris argent ou tee-shirt siglé, son message est clair : « Je voulais rendre hommage aux éboueurs de la Ville de Paris. » Son père portait un uniforme DPE pour nettoyer dans les rues de Paris, comme les pères de ses amis d’enfance, il a grandi entre Villiers-sur-Marne (94) et le 18.

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« Nettoyer la ville est une tâche difficile. Il faut se lever à 5h du matin, travailler dehors, dans le froid, dans la neige. Sa mère travaillait comme femme de ménage. Comme les « mères de ses amis du quartier », il partageait un « travail dur ». « Je voulais honorer leur sacrifice », dit Mossi.

« Made in Grand Paris », entre le 18e et Villiers-sur-Marne

De la rue à la Fashion Week, ses vêtements veulent connecter deux mondes. « Ma vision, c’est que dans le métro, l’ouvrier et l’étudiant qui sont prêts à boire sur les pistes ou à aller au spectacle aient le même t-shirt du ripper. Ça aide à faire prendre conscience du travail de ceux qui font Paris propre, à savoir. »

Le partenariat entre Paris Propreté et la marque Mossi porte également sur le logo « Made in Grand Paris » qui reprend le symbole de la Ville de Paris, un voilier. « Notre symbole, c’est le chemin entre Paris et la banlieue. Elle soutient la culture, des modes de production de qualité, des produits fabriqués dans le 18 ou à Villiers-sur-Marne. Il créera des emplois entre Paris et sa banlieue, dans des zones clés. »

L’engagement communautaire qu’il poursuit avec la création de l’école de haute couture « Les ateliers d’Alix » en 2015, du nom de la mission Alix Grès. Cet organisme enseigne la couture aux jeunes de la communauté. Son association « Ateliers parisiens », créée en 2016, forme également des femmes locales ou immigrées non qualifiées à ces métiers.

Des initiatives pour pousser le mur de la mode, dit-il « le briser ». En tant que lycéen, le « rayon brocante » a alimenté son amour de la mode et est devenu « hyper Fashion ». Lorsqu’il entre en école de mode à Paris en 2005, Mossi Traoré construit son style « entre John Galliano, Jack Sparrow et Gavroche ».

Lors d’une formation de décorateur à l’Opéra Garnier, il est frappé par la magie des lieux. Mossi Traoré s’est envolé pour l’Inde, où la star de la planète portait l’une des robes haute couture, puis a rejoint Milan, et a remporté le prix Pierre Bergé en 2020. Partout il a été guidé par son courage et sa créativité. Et si son prochain défi était de recréer les uniformes ? Certains peuvent être en désaccord.

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